Docteur Constant

Qui  était le Docteur Constant ? 

Une rue porte son nom à Prunay, rue où il demeurait d’ailleurs. Retour sur un médecin des villes devenu médecin de campagne 

 

Le Docteur Lucien CONSTANT (1881-1946)

 

  • Un enfant naturel

Lucien Raimond (avec un « i » sur son acte de naissance) CONSTANT est né le 15 septembre 1881 à Paris au 194 rue du théâtre, dans le 15ème arrondissement de Paris. Son acte de naissance nous apprend que sa mère Rose Célestine CONSTANT, âgée de 21 ans, était cuisinière, domiciliée 3 Place du Commerce à Paris. Le père de l’enfant est « non dénommé ». Les témoins de cette déclaration sont la sage-femme qui a accouché la jeune mère : Louise Amélie CHEVILLON âgée de… 71 ans !  et deux pompiers. Le domicile de la sage-femme étant située 194 rue du Théâtre, on peut supposer que c’était également son cabinet de naissances… Quant aux pompiers ils sont logés à la caserne Rue des Entrepreneurs tout près de la rue du théâtre.

Rose CONSTANT prendra le temps de la réflexion puisqu’elle ne reconnaîtra son enfant que le 20 juin 1892 !

A cette même époque, Rose a changé de quartier et de profession. Elle habite désormais dans le 17ème. Elle est sage-femme. Il y a même un cabinet puisque plusieurs petits parisiens y sont nés. Rose est, en effet, inscrite dans la liste officielle des Docteurs en médecine, officiers de santé, sages-femmes, chirurgiens-dentistes, pharmaciens. Cette annuaire nous apprend qu’elle a obtenu son diplôme le 26 juillet 1883, soit 2 ans après la naissance de Lucien. 

 

  • Des études de médecine à Paris

Lucien CONSTANT étudie la médecine à Paris. Il passe une thèse en doctorat de médecine en 1907. Celle-ci a pour titre :  Contribution à l’étude de l’hystéro-traumatisme dans le travail des caissons. Il a sans doute été influencé par le travail de Charcot sur l’hystérie quelques années auparavant. Encore disponible à la BNF et à l’université de Médecine de Gand ou Zurich.

 

  • Un militaire engagé

En 1900, Lucien habite à Paris 78 rue Jouffroy (17ème arrondissement).

Il s’engage volontairement dans l’armée le 9 novembre 1901 à Dijon. Pour le 132ème RI. En tant qu’étudiant en médecine, cet engagement se limite cependant à un an (droit à la dispense article 23). Il quitte donc l’armée avec un certificat de bonne conduite le 21 septembre 1902.

Il est ensuite réformé temporairement le 28 mai 1904 par la Commission Spéciale de Paris pour « bronchite suspecte » ; Il est de nouveau réformé en 1905 et en  1906 pour « bronchite suspecte ancienne non améliorée ».

Sa fiche matricule nous permet d’avoir une description physique sommaire du médecin : il a les cheveux noirs, les yeux « jaunes », le front découvert, un nez fort, une bouche moyenne, un menton pointu et un visage ovale… Il mesure 1,72 cm.

Certains anciens de Prunay se souviennent encore de ce médecin et confirme ce visage pointu. 

 

  • L’arrivée à Prunay

D’après le guide Rosenwald (Annuaire du Corps Médical français), Lucien Constant s’installe à Prunay en 1907. Le Docteur AUBRY alors médecin à Prunay mais également Maire de la commune abandonne ses fonctions à la mort de son fils en août 1907 et part s’installer à Chartres. Le Docteur CONSTANT emménage dans la maison de l’ancien Docteur, au 65 rue de l’église (cette portion de la rue sera ensuite rebaptisée « Rue du Docteur Constant »). On peut encore apercevoir sa demeure occupée aujourd’hui par un particulier, au n° 2. 

Constant Lucien rue

  • Un mariage à Paris

Lucien CONSTANT épouse Suzanne Marthe Emelie HÉROUART le 22 février 1908 à Paris, à la mairie du 8ème arrondissement. Il est déjà docteur en médecine et installé à Prunay. Sa mère qui l’avait reconnu si tardivement est toujours auprès de lui puisqu’elle assiste à son mariage. Elle habite désormais les beaux quartiers, au 90 boulevard de Courcelles, dans le 8ème arrondissement. Sa situation s’est nettement améliorée depuis 20 ans. Elle est a priori toujours célibataire. 

Suzanne HÉROUART est née à Montrouge le 11 novembre 1884. Son père Jules Stanislas est décédé. Elle est domiciliée rue Laborde, dans le 8ème également chez sa mère, Caroline DALLET. On retrouve, parmi les témoins, un ami de Lucien, Robert MARQUEZY, 46 ans docteur en médecine et un beau-frère Jules BOURDOIS, 67 ans rentier qui habite…90 boulevard de Courcelles (même adresse que la mère de Lucien…). Du côté de l’épouse, son frère Edouard HÉROUART, 34 ans, négociant en quincaillerie, fait partie des témoins également.

Robert MARQUEZY, le témoin du marié est né le  3 mai 1861 à Rouen. Docteur en médecine, il est, à 26 ans interne à l’hôpital de Broussais, Il travaille sur l’hystérie chez les hommes ! Il se marie le 16/10/1895 à Paris avec Claire LEBEL. A noter que son neveu Robert Alexandre née en 1892 sera également médecin, d’abord spécialisé dans la sclérose en plaques puis dans la pédiatrie.  

 

  • Les premières années à Prunay

 Le Docteur CONSTANT et son épouse accueillent leur première enfant Marie Thérèse Rose, le 17 septembre 1911 à Prunay dans leur confortable demeure. Il a plusieurs domestiques à son service dont Irène et Henri GAUTHIER qui sont frère et sœur comme l’indique le recensement de la population de 1911.

3 ans plus tard, le 1er aout 1914 c’est la mobilisation générale. Il est réintégré au Service armé le 2 décembre 1914 par le Conseil de Révision d’Eure et Loir et affecté au 167ème Régiment d’Infanterie. Il est ensuite nommé aide major de 2ème classe et affecté au service de santé de la 4ème Région.  Il est mis hors cadres le 21 mai 1915.

Fin 1915, le village est dépeuplé, la majorité des hommes jeunes et valides sont partis sur le front. Plusieurs jeunes soldats décèdent au combat dont son fidèle chauffeur :  Henri GUTHIER, soldat du 42eme Régiment d’Infanterie Coloniale décédé en juin 1917 à Thessalonique, des suites du tétanos.

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Il tente de soigner les survivants, de retour du front, malades, abimés, cassés…

En 1916 et 1917, il passe plusieurs mois à soigner Louis GRANGER, 42 ans, atteint d’un emphysème pulmonaire suite à ses années au front, dans la boue et le froid. En témoigne cette ordonnance du 22 avril 1916. Louis décède le 13 septembre 1917.

lettre Constant

 

  • L’après-guerre

La famille CONSTANT accueille un second enfant : Michel Bernard Jules né le 19 février 1918. 3 ans après c’est Pierre Lucien qui voit le jour le 9 juin 1921.

La famille est toujours domiciliée dans la maison familiale, Rue de l’église.

Irène GAUTHIER est toujours auprès du docteur en tant que cuisinière. Renée CALLU, fille d’un soldat décédé pendant la guerre, est femme de chambre. Henri GAUTHIER a été remplacé par Maurice LECOINTRE, originaire de Molléans, désormais chauffeur du médecin.

 Lucien CONSTANT décède le 18 octobre 1946 à Prunay.